Je me demande comment me décrivent les gens quand ils parlent de moi. Pas les gens qui me connaissent bien, non, les collègues, les gens qui m'ont rencontrée juste 1 fois ou 2. "Bizarre" peut-être. Ou "réservée" sûrement. Les 2 même. Oui parce qu'il y a quelque chose de récurent ces dernières années,  c'est que les gens que j'ai cotoyé ont quasiment toujours fait l'amalgame étrange : elle est réservée, ele parle pas beaucoup = elle est pas interessante = de toutes façons elle est bizarre

 

Petite, j'ai été longtemps timide. Du genre à m'accrocher à mes parents dès qu'on était dehors, a marmonner un bonjour en rougissant aux amis de la famille, à me faire passer devant dans la file quand on m'envoyait acheter quelque chose. Plus grande, au collège, je me suis sentie bien. J'étais loin d'être une meneuse, mais je suivais ma bande de copine, j'étais insouciante. Déjà plus sociable, mais pas du genre à aimer me faire remarquer. Ma soeur était au lycée au même endroit, j'étais sereine, un peu comme chez moi du coup.

 

Au lycée, la cata. Ayant été scolarisée à la maison une année scolaire entière, j'avais l'impression de débarquer de trèèès loin quand j'ai découvert la 2nde.

J'étais restée bloquée à 14 ans, et il s'en était passé des choses dehors quand j'étudiais a la maison...ma coiffure et mes vêtements choisis par ma mère ont beaucoup amusé mes nouveaux "camarades" Heureusement, ca s'est arrêté là. J'ai été très vite dans le bain, me suis fait une bande solide de copines qui m'ont remise au niveau.

Mais là encore, j'étais en retrait. Influencable, maléable. J'ai fait de belles rencontres qui m'ont poussée dans le bon sens, mais ca aurait pu être l'inverse.

Ensuite la fac, les concours, les entretiens, je me sens m'endurcir un peu. Ma réserve n'est plus seulement liée au manque de confiance en moi. Sans savoir vraiment quel est mon caractère, je repère ce que je n'aime pas chez les autres. La mise en avant, celui qui parle toujours plus fort que les autres, qui brasse de l'air en s'agitant dans tous les sens. En même temps j 'adore observer ça. Et je me fait toute petite, personne ne fait attention à moi qui dévisage et essaye de comprendre des comportements si differents du mien.

 

Depuis, il y a eu plusieurs boulots, des stages. J'ai entendu des choses sur moi, des choses qu'on m'a rapportées, écrites ou dites directement.

En stage par exemple, on n'a pas pris de gants. Magré mes 26 ans à l'époque, des filles plus jeunes que moi n'ont pas hésité à me tutoyer ( alors que j'ai du les vouvoyer jussqu'a la fin) à m'appeler ''la ptite", à parler de moi alors que je suis à côté.

On m'a pour la 1ère fois clairement reproché d'être trop discrète. Pourtant mon attitude n'a jamais posé de problème. J'ai fait de bons stages, mais pas eu de bonnes appréciations.  Mais c'est sur qu'à côté de tout le personnel qui dès le lundi matin raconte les détails de son week-end à la machine à café alors que tu  leur a rien demandé, te balancent les photos de leurs mômes, leurs résultats d'analyse, leur menu d'hier soir sans se demander si quelqu'un s'y interesse ou les écoute, j 'avais l'air transparente.

J'ai toujours eu besoin de temps pour être à l'aise. Connaître un minimum les gens. Et même à l'aise, je reste discrète, c'est dans mon caractère, mon tempérament, maintenant je le sais. Car oui, j'ai du caractère. C'est juste que je m'énerve rarement, je râle peu, je suis patiente et j'évite de l'ouvrir quand j'ai rien à dire. Le fait de changer de boulot et de passer à un travail dans le secteur hospitalier a encore renforcé ça. En stage, j'ai fait attention de parler doucement, calmement, de ne pas élever la voix avec les patients de l'hôpital ou les residents en maison de retraite. Mais c'était spontané, je n'ai pas eu à me brider. Et je me suis rendue compte que bien souvent, les gens vous renvoient ce que vous leur donnez.

 

Depuis ce nouveau boulot, depuis plus d'1 an, j'ai mûri. Pourtant je passe pour la "solitaire" de l'équipe, c'est le terme qu'on a utilisé pour parler de moi. Je trouve ça péjoratif, comme si je me mettais volontairement à l'écart. C'est pas le cas. J'aime la compagnie des collègues, des résidents, mais j'aime aussi me retrouver seule, au calme. Pas besoin d'avoir 15 personnes autour de moi quand je bois mon café. Pas envie d'entendre parler boulot pendant mes pauses. Je cherche pas à ce que mes collègues deviennent des potes.

 

De toutes façons, si je voulais, je ne pourrai même pas en placer une, tant mes collègues se chargent de meubler le silence. Un "ca va ? " amène des flots ininterrompus de paroles, et a la fin de mon service j'ai souvent la tête qui explose. Finalement les gens avec qui je bosse ne connaisent presque rien de moi. Ils n'ont rien demandé, je n'ai rien dit. Mais moi je connais toute leur vie. Des choses qui ne me regardent pas, leur accouchement '' j'ai été complétement déchirée à l'intérieur", l'enterrement d'un de leur parent, leur galères de couple qui se sépare "il la voit que pour la baise cette petite p*** dfaçons, il reviendra ", la gastro des gamins "y'en avait partout sur le tapis blanc du salon", leurs symptomes pré-menstruels "j ai eu mal aux seins toute la journée, mais ca me gratte en bas, j'espère qu'il m'a pas refilé une merde qu'il a chopé avec l'autre p*** qu'il baise", leur voiture au garage" y'en a pour 1800€ tu te rends compte, non mais je vais aller gueuler", des ragots sur tout le monde ( bon OK, OUI, J'AVOUE, ça j'aime bien. Mais pour ma défense, j'écoute et je garde tout pour moi :) )

C'est lourd. Ce ne sont pas des amis, pas des copines, pas des gens avec qui je m'entendrais si on n'avait pas à bosser ensemble.

 

Je me relis et je me rends compte que je me décris comme une nana limite depresssive et pas du tout funky. Mais siiii. C'est juste que je suis trop occupée et limite fascinée par tous ces gens à l'opposée totale de moi. J'arrive toujours pas à m'y habituer. J'observe. Alors je parle pas beaucoup, et pas pour rien dire surtout, c'est juste ca. (ce blog ne compte pas évidemment hein)